Ce qui les a poussés à être infidèles

Que se passe-t-il dans la tête d’un homme ou d’une femme qui trompe son/sa partenaire ? Difficile à savoir. Prune Quellien, coach de vie spécialisée dans les relations amoureuses, a constaté chez eux quatre motifs récurrents de plaintes, qui, une fois compris, peuvent aider à répondre à la question « Pourquoi ai-je été trompé(e) ? ». Décryptage.

1. Les reproches et l’agressivité

Parmi les personnes qui m’ont confié avoir été infidèles, beaucoup m’ont raconté avoir souffert durant des années de nombreux reproches et de comportements désobligeants de la part de leur partenaire. Ceci a fini par les décourager de faire des efforts. Pire les a fait se sentir exclues, si ce n’est de leur famille, au moins de leur couple. Il a alors suffi d’une opportunité, une rencontre, une personne à l’écoute, pour leur faire passer le cap.

Je pense à Mathias, 41 ans, n’osant pas croiser mon regard. « Tout est ma faute », commence-t-il par dire. Louise et lui n’ont plus aucun atome crochu. Très tôt, il a entendu des critiques et des remarques cinglantes. Lorsqu’il réclamait un dialogue plutôt que des disputes, elle s’est révélée incapable de l’écouter. Alors, quand Anne-Claire a traversé sa vie professionnelle, ils ont commencé à se fréquenter comme des collègues, puis comme des amis. De déjeuners en dîners, ils se sont confiés leur dépit amoureux, leurs doutes et leurs attentes jusqu’à ce que, deux années plus tard, leur désir les change en amants.

« Je cherchais un regard amoureux », me disait Mathias. « Dès que j’essayais de lui parler, même pour un simple échange, Louise me criait dessus, me reprochait de n’avoir pas fait ce qu’elle m’avait demandé : les courses, le linge… Pourtant, je ne la laissais pas tout faire toute seule, croyez-moi. On ne partageait plus que des choses matérielles, c’était navrant. » Meurtri à l’idée de ne plus voir ses enfants chaque matin, Mathias s’est d’abord résolu à quitter Anne-Claire pour maintenir bon an mal an l’équilibre familial, mais n’a pas trouvé d’apaisement dans ce choix. Aujourd’hui, il a pris la décision d’assumer d’aller vers Anne-Claire, même s’il sait que rien ne garantit qu’elle l’acceptera à nouveau.

Insatisfaction conjugale et infidélité Cette question des reproches, exprimés verbalement ou à travers des attitudes et comportements agressifs, revient comme un leitmotiv dans mon cabinet. Derrière elle, se cache souvent une insatisfaction qui s’exprime des deux côtés du couple.

Tanya, 29 ans, me disait : « Je reconnais que je n’étais pas cool avec lui. Ça me fait mal de le dire, mais je comprends qu’il en ait eu assez de me voir crier après lui… En même temps, j’étais débordée et le peu de temps qu’on avait tous les deux, il le passait à regarder son portable… Et après, il s’étonnait que je n’aie plus envie de faire l’amour ! »

Alors, qui a déclenché l’infidélité ? Tanya, qui « criait » après son mari à force d’être incomprise, ou son mari, qui fuyait sa femme à force de l’entendre crier ? Il est intéressant de savoir que l’inventaire de satisfaction conjugale (MSI-R), du Docteur américain en psychologie Douglas K. Snyder, conclut en partie que c’est le manque d’affection et de compréhension de leurs conjoints qui rend les femmes insatisfaites, alors que c’est la frustration sexuelle et l’agressivité de leurs femmes qui rend les hommes insatisfaits. Chacun a donc sa part de co-responsabilité dans l’adultère.

2. Le manque de plaisir

Au tout début du couple, qu’il soit légitime ou non, qu’est-ce qui motive les amants à rester ensemble si ce n’est l’envie de partager leur plaisir, cet état affectif lié à des moments agréables ? C’est notamment lorsque le partage des plaisirs disparaît que le couple évoque la lassitude, l’ennui, la nostalgie, la tristesse, et que le risque de relation extra-conjugale apparaît.

« Je m’ennuie dans mon couple ». Derrière la plainte de Mathias de ne plus partager que des considérations matérielles ou celle de Tanya, de voir son mari s’éterniser derrière son téléphone portable, se manifeste une plainte chorale : « On ne fait plus rien ensemble », sous-entendu « On ne fait plus rien de stimulant ensemble », ou encore, « Je m’ennuie, où sont passés les moments où nous étions heureux ? »

« Il ne me regarde même plus ». Frustrée de ne plus partager de plaisirs avec son mari qu’elle a fini par tromper, Estelle, 44 ans, me livrait : « Le jour où j’ai embrassé le cousin de mon conjoint, j’ai eu l’impression de sortir d’une cage. C’est plus tard que j’ai ressenti de la culpabilité, mais sur le moment, quel délice ! Mon conjoint ne me regardait plus, il me parlait de choses ennuyeuses : la politique, son travail – jamais le mien, au passage. Je n’existais plus à ses yeux. Pourtant, nous avons été très heureux, mais il s’est mis dans un rôle d’homme responsable et ennuyeux. Moi, j’avais épousé un aventurier. J’ai été tellement déçue. »

Une autre femme, Maïa, 53 ans, regrettait « le manque de fantaisie de son mari ». « J’ai fait avec durant toute l’éducation de nos enfants, mais lorsque le dernier est parti, nous nous sommes retrouvés face à face et je n’ai plus supporté de le voir avachi devant sa télévision alors que moi je faisais toujours l’effort de lui plaire, d’être jolie, souriante. J’ai trouvé mille et une idées pour faire des choses amusantes, mais il était tellement rabat-joie que ça m’a découragée. Alors, quand Georg est arrivé à mon groupe de chant et qu’il m’a adressé ce sourire magnifique, j’ai senti mon cœur revivre. »

« Elle ne fait plus rien pour me séduire ». Aussi désabusé que Maïa après des années de mariage frustrant, Yves, la veille de ses 60 ans, me rapportait : « Nous sommes les responsables parents de nos désormais grands enfants, mais notre couple ? Et moi? Ma femme parle de sa petite-fille – ah, ça, elle en parle ! – de la pelouse à replanter, de ses pulls en crochet, mais moi j’ai besoin d’amour ! »
Ce qu’Yves dit à demi-mots en parlant d’amour, c’est qu’il a besoin de connaître les plaisirs sensuels qu’il ne s’est jamais autorisés en trente ans de vie commune. Après une aventure éphémère avec une collègue de travail, il ne sait plus s’il doit continuer sa « petite vie bien réglée, bien rassurante » ou y renoncer et tenter sa chance de rencontrer une femme qui partagerait les mêmes besoins que lui. Continuer à tromper sa femme lui semble inconcevable.

Entre les mots de Maïa, Yves, Estelle et tant d’autres personnes amères d’avoir constaté chez leur partenaire un désintérêt flagrant pour la séduction, je constate que c’est de guerre lasse qu’elles se sont détournées de leur couple en prenant un amant ou une maîtresse.

3. Le manque d’initiative de son conjoint

Beaucoup de gentillesse, mais aucune surprise et toujours le même ronron rassurant dans le couple ? Lorsque la sonnette d’alarme n’a pas été entendue, certaines personnes jusque-là habituées à tirer leur couple vers le haut, finissent par se lasser de faire des efforts. Alors, elles succombent aux sollicitations d’un homme plus entreprenant ou d’une femme plus stimulante.

« J’en ai eu assez de m’occuper de tout »J’ai retrouvé chez beaucoup de personnes qui reconnaissent avoir été infidèles un ras-le-bol d’être le moteur du couple. Je me rappelle la colère de Nathalie, 39 ans, en couple avec son mari depuis vingt-quatre ans : « Mon mari ne dit jamais non. Quand je lui demande de choisir un restaurant, c’est toujours Où tu veux, si je lui demande de choisir une destination pour nos vacances, c’est Comme tu veux. Quelle couleur, la robe ? Celle que tu préfères. Je dois décider de tout. Il a tellement de responsabilités avec son travail, qu’à la maison, il se lâche. Avec mon amant, c’est tout le contraire : on cherche ensemble, il s’intéresse à moi, il me demande ce que j’en pense, si ça me plaît. C’est tellement agréable ! » La présence de son amant dans sa vie l’aide à se revaloriser car elle a beaucoup perdu en estime de soi.

« Sans lui, je suis perdue »Jacqueline, 54 ans m’a raconté comment son mari a quitté femme et grands enfants pour rejoindre une autre femme à l’autre bout du monde. « Je reconnais que je l’étouffais complètement. J’attendais toujours après lui, je ne vivais rien pour moi. Quand il rentrait à la maison le soir, je m’arrangeais pour arriver avant lui et je l’attendais avec le dîner déjà prêt. J’étais inquiète dès qu’il avait un peu de retard. Je faisais comme si de rien n’était, mais j’étais terrorisée à l’idée qu’il ait une autre femme. Je pense que c’est mon angoisse qui l’a poussé à aller voir ailleurs ». Une forte dépendance affective peut pousser certains conjoints à l’adultère, tant le besoin de respirer est présent.

4. L’incompatibilité dans le couple

Un mariage décidé trop tôt, une naissance qui arrive alors que le couple d’amoureux n’est pas encore prêt à devenir un couple parental, une mésentente sexuelle ou une mauvaise communication : l’impossibilité d’exister ensemble constitue une des autres causes de l’infidélité.

Alice, 31 ans, se reconnaît dans cette incompatibilité : « Nous nous sommes mariés à peine un an après s’être rencontrés. Un coup de tête. Un délire. J’ai compris très vite que nous étions radicalement différents : culturellement, socialement. Et sexuellement. Puis, je suis tombée enceinte. J’étais très occupée par mon enfant, mais très frustrée sur le plan sexuel. Alors, quand j’ai moins eu à m’occuper de mon enfant, j’ai commencé à m’inscrire sur des sites de rencontre. »

Il arrive aussi que les personnes disent « nous n’avons rien de commun » ou « nous n’aurions jamais dû nous mettre ensemble ». Leur union serait alors une sorte d’erreur de casting, ce qui expliquerait que la personne qui admet s’être trompée trompe à son tour. La tromperie relève alors davantage d’une quête d’un(e) partenaire plus adapté(e) à sa personnalité.

Écoutons l’étonnante histoire d’Hélène, 39 ans : « J’ai rencontré Hadrien lorsque nous étions à la fac. Nous étions un groupe de quatre amis. Hadrien et moi étions très complices. Pourtant, il s’est mis en couple avec mon amie Guillemette, qui était catholique comme lui, beaucoup plus proche de son schéma familial. J’ai fait mine d’être heureuse pour eux mais, j’étais triste de voir se marier l’amour de ma vie. Alors, je me suis à mon tour mariée avec le deuxième garçon du groupe : Gildas, avec qui je n’ai pas grand-chose de commun, mais qui faisait tout pour me séduire. Hadrien et Guillemette sont restés nos amis. Sauf que vingt ans plus tard, Hadrien et moi sommes devenus amants. L’histoire a duré deux ans, jusqu’à ce que Gildas l’apprenne. Gildas et Guillemette se sont rapprochés, mais chacun est retourné dans son couple. Aujourd’hui, la tension est à peu près retombée, mais j’ai vraiment l’impression qu’on s’est trompés de couple. »

Quelques conseils pour préserver son couple

Les facteurs que je viens d’évoquer forment un ensemble indissociable qui crée un cercle vicieux. Le manque de plaisir entraîne un repli sur soi, qui génère de l’agressivité, laquelle est à l’origine des reproches, etc. Le comprendre permet d’aider à agir et de préserver son couple de l’adultère. Je vous encourage donc à :

– Concevoir votre vie amoureuse comme un cercle vertueux où les interactions positives seront privilégiées. On considère qu’il faut trois interactions positives pour « rattraper » une seule interaction négative.

– S’interdire les reproches (ah ! le fameux « TU qui tue ») et les remplacer autant que possible par des encouragements. À défaut d’encouragements, toujours livrer son propre ressenti en disant « Je ».

– Vivre un peu pour soi et laisser l’autre être un individu en-dehors du couple.

– Consulter, si vous ne parvenez pas à comprendre les origines de la relation extra-conjugale.

 

 

Par: Prune Quellien

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