Couple : comment entretenir la flamme ?

S’aménager des moments à deux, désamorcer les ressentiments, montrer sa gratitude, rester conscient de soi, jouer avec le désir… Huit attitudes quotidiennes pour combattre la routine et prendre soin de son couple. 

Faut-il dire encore une fois qu’il n’existe aucune recette toute faite, aucune solution clé en mains pour attiser et conserver la flamme du désir ? A-t-on besoin de répéter que sa chimie est aussi mystérieuse qu’instable et qu’on doit s’en réjouir ? En amour,rien ou presque n’est immuable.Mais, en ce domaine, l’une des rares certitudes veut que le désir soit avant tout affaire de climat, de grâce et de conscience. Et qu’il soit une plante sauvage qui s’accommode mal des gestes routiniers, distraits ou laborieux de celui ou celle qui voudrait la cultiver sous serre.

Le désir est une énergie inépuisable à condition qu’on ne la contamine pas et qu’on lui donne les moyens de jaillir sans chercher à la contrôler. Cette éruption, cette surprise, c’est ce qui fait sa force et sa fragilité. Car il faut aussi accepter que le désir ait sa vie propre, qu’il suive des rythmes et des chemins qui nous échappent.Tantôt brut, volcanique, impérieux, tantôt ténu, timide ou fuyant. A en croire certains manuels, il suffirait d’avoir la maîtrise parfaite des techniques amoureuses pour que jamais le désir ne s’émousse.

C’est oublier un peu vite que l’alchimie du désir se crée à deux, qu’elle n’est jamais répétition mais création.

Vous ne trouverez ici ni potion magique ni « trucs infaillibles » mais de simples pistes de réflexion, des propositions pour faire un peu plus de place en vous et avec l’autre à ce carburant vital.

Se donner du temps 

Fatigue, contraintes matérielles, stress sont les vampires les plus fréquents et les plus voraces de l’intimité amoureuse. Mais, il faut aussi le reconnaître, ils servent parfois d’excuses pour justifier une certaine paresse relationnelle. Ce n’est un secret pour personne : le désir exige du temps et de la disponibilité d’esprit. Les couples amoureux le savent, mais ils savent aussi faire du « temps pour deux » une priorité dans leur vie.

Une soirée hebdomadaire, un week-end par mois, une semaine de vacances en tête à tête sont les rendez-vous indispensables de ceux qui ont choisi de mettre leur intimité à l’abri de l’érosion et de la routine. Se retrouver, hors contexte familial, échanger autre chose que les banalités sur la journée écoulée ou les obligations à venir, changer de cadre est un rituel que l’on doit mettre en place de manière volontariste. Il ne s’agit d’ailleurs pas de programmer des « rendez-vous amoureux », mais de simples rencontres à deux pour faire régulièrement l’expérience de l’intimité, sans écran.

Dans les couples, le désir reste trop souvent prisonnier de jeux de rôles trop étroits que s’attribuent les partenaires, celui de parents notamment. Se donner du temps à deux, cela peut aussi revenir à se mettre d’accord pour parler de tout sauf de la vie familiale ou professionnelle.

Libérer les non dits

Rien n’abîme davantage le désir que la rancoeur, le ressentiment ou les reproches. Surtout ceux que l’on accumule en silence et que l’on essaie de soustraire au regard de l’autre.

Le refoulement ou le déni sont pour le désir de véritables bombes à retardement.

Mieux vaut « vider son sac » lorsque les désaccords apparaissent. Les cabinets de sexologues et de thérapeutes de couples sont remplis de patients qui n’ont pas pu ou osé mettre des mots sur leur frustration ou leur colère.

Manifester sa gratitude

S’il est, dans le couple, essentiel d’exprimer ses points de désaccord, de ne pas fuir le conflit et d’adresser ses critiques sans se censurer, il est aussi important de dire à l’autre le bien que l’on pense de lui. On oublie trop souvent que la présence de l’autre à ses côtés n’est pas un dû, mais un don. Lui dire combien on apprécie son soutien, ses attentions, tel ou tel aspect de sa personnalité ou son attitude dans telles circonstances est non seulement une preuve d’amour mais de désir.

Le désir sexuel ne se nourrit pas que de sexuel. Exprimer sa reconnaissance ou reconnaître à l’autre un talent particulier fait aussi partie de la mystérieuse alchimie du désir. Le quotidien voile les yeux, il rend l’autre flou et familier à la fois. Lui adresser un compliment, lui dire sa gratitude ou son admiration est une façon de lui rappeler qu’il est toujours celui qui a été distingué et choisi parmi d’autres.

Et rien n’est plus troublant, émouvant et aphrodisiaque que le sentiment d’être singulier et apprécié pour ce que l’on est dans le regard de l’autre. Rien ne prédispose mieux à l’intimité.

Cultiver son jardin 

Chaque couple est en théorie responsable de deux espaces : son espace personnel et l’espace commun. Plus on est capable de cultiver et d’enrichir son espace personnel en y prenant plaisir, moins on fait peser sur l’autre des exigences qu’il n’est pas en mesure de satisfaire.

Mettre sa créativité, son élan vital, sa curiosité dans des activités et des relations extérieures au couple est indispensable si on ne veut pas étouffer à deux. C’est ce que le sociologue Serge Chaumier appelle « la nécessité du tiers dans le couple ». Car rien n’épuise davantage celui-ci que le huis clos émotionnel.

Trouver du plaisir hors de son couple donne à celui-ci une énergie et un rayonnement nouveaux. Cela confère aussi à chaque partenaire une dimension de mystère, d’insécurité, qui ravive le plaisir des retrouvailles et réveille le désir de conquête, indispensable aphrodisiaque du couple.

Élargir la gamme de plaisir

En partageant régulièrement les plaisirs des sens et de l’esprit. Car l’érotisme est un art qui ne saurait être réduit aux étreintes des corps. La volupté sensuelle s’épanouit en dehors de la satisfaction sexuelle qu’elle vient enrichir et intensifier.

Vibrer sur la même musique, s’émerveiller devant un paysage, savourer un repas, rire ensemble, sont des bonheurs sensoriels et émotionnels qui rendent l’intimité plus intense. Le bien-être physique et moral que génèrent ces moments renforce la complicité du couple mais ils agissent aussi comme des stimulants pour prolonger ces délices sensoriels dans l’intimité amoureuse.

Le désir, comme l’amour, se nourrit de beauté, de gaieté et d’abandon.

Développer sa curiosité

C’est un véritable sixième sens à aiguiser. De nombreux sexologues déplorent l’attitude infantile qui consiste à attendre de son partenaire qu’il nous apporte la jouissance sur un plateau. Le désir ne peut être maintenu vivant que si l’on se donne la peine d’aller l’interroger.

Qu’est-ce qui m’attire érotiquement ? Quelles caresses, quels fantasmes, quels scénarios ont le pouvoir de me troubler ? Sans cette exploration personnelle, par des livres, des films, des rêveries, le désir reste à l’étroit dans sa petite boîte en attendant qu’on veuille bien lui ouvrir. Devenir actif dans sa recherche du plaisir, c’est prendre le désir pour ce qu’il est : un moyen et non une fin.

Sans compter que cet état d’esprit modifie le comportement, le sien et celui de l’autre, car le désir est contagieux. Les gestes se font plus sensuels, les regards plus équivoques, les occasions de se retrouver plus fréquentes.

Érotiser sa présence

Rien n’est plus « tue-désir » qu’une nudité banalisée, offerte sans conscience aux regards quotidiens, que ces baisers quasi fraternels qui claquent pour se dire bonjour ou au revoir, que ces postures sans grâce où le pseudo confort l’emporte sur le souci de séduire l’autre. L’homme, nous disent les sexologues est « visuel » tandis que la femme serait plutôt « auditive ». Les premiers sont sexuellement stimulés par des images corporelles, tandis que les secondes sont sensibles à l’imaginaire érotique que véhiculent les mots et la voix.

Pour freiner le laisser-aller, inhérent à toute relation au long cours, il suffirait parfois de se demander si l’on aurait le même comportement avec un homme ou une femme que l’on vient de rencontrer. Il ne s’agit évidemment pas de se mettre en scène ni d’inhiber sa spontanéité, mais de mettre simplement un peu de conscience de soi et de l’autre dans son comportement quotidien.

Soigner ses mots, ses gestes, son apparence, c’est aussi prendre soin de la relation amoureuse.

Apprendre à jouer 

Sans esprit ludique, le désir est condamné à s’éteindre lentement. Le jeu fait partie de la sexualité, il est même sa principale composante. Le désir est un élan, un jaillissement d’énergie, qui renaît d’autant plus facilement qu’il a la certitude de ne pas trouver une satisfaction définitive. La psychanalyse nous l’a appris : le désir se nourrit du manque. Repu, il s’endort. Pour le garder en éveil, il faut savoir ruser et jouer avec lui sur son propre terrain.

Cela signifie s’amuser avec les rythmes, la fréquence, les positions, les caresses, les fantasmes sans jamais avoir la faiblesse de croire que l’on détient enfin « la bonne formule ». Jouer avec le désir, c’est lui promettre satisfaction et se dérober. Ce sont aussi les jeux de cache-cache érotiques avec les mots ou les images, l’abstinence lancée comme un défi au milieu des rendez-vous trop prévisibles, les initiatives qui bousculent les jeux de rôles établis, les audaces dont on ne se croyait pas capable et qui nous font nous sentir plus vivants et plus complexes.

« Pour les enfants, la fête, c’est la liberté dans la sécurité », a dit Françoise Dolto. C’est aussi une bonne définition du désir pour les couples.

 

Par Flavia Mazelin Salvi

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