UN JOURNALISTE DÉNONCE LES CONDITIONS DES ACTRICES PORNO AMATEUR

Pendant plus d’un an, le journaliste indépendant Robin D’Angelo a infiltré le milieu du porno amateur français. Une expérience qu’il raconte dans son livre «Judy, Sofia, Lola et moi», où il dénonce les conditions déplorables des actrices.

Le journaliste est passé de l’autre côté de l’écran. Et il y a découvert un monde opaque, qui n’a d’amateur que le nom, et où l’avis et le consentement des actrices importent peu. «J’assiste à une scène de sodomie où l’actrice demande au producteur d’arrêter», s’est-il souvenu au micro de Brut. «Il insiste, elle redit non et le producteur lui dit une phrase que j’ai trouvé assez parlante : ‘Tu crois qu’une patineuse artistique ne se fait jamais mal à la cheville ?’».

UN MONDE RÉGIT PAR LA VIOLENCE

Pire, pour certaines scènes, les actrices ne savaient pas ce qu’elles allaient subir devant la caméra : «Le producteur vient me voir et me dit : ‘Moi la fille, elle sait grosso modo ce que je fais mais je lui précise pas vraiment les pratiques qu’on va faire. On verra sur le moment. Ça passe ou ça casse’», a raconté le journaliste, toujours à Brut.

Pour l’écriture de son ouvrage, l’ex-rédacteur en chef de StreetPress s’est rapproché de plusieurs actrices. «Sur la dizaine d’actrices que j’ai rencontrées, quasiment toutes ont des parcours d’écorchées vives, qui ont subi des violences de toutes sortes dans leur enfance ou leur adolescence», a-t-il expliqué à Franceinfo. «Une jeune actrice m’a expliqué avoir été violée pendant des années par sa mère et son grand-père. Alors ce qu’elle vit dans le porno amateur, elle m’a dit que ‘ça glissait’ sur elle».

Des jeunes femmes au passé chaotique, qui voient dans le pornoamateur un moyen «de se faire de l’argent ‘rapide’», mais aussi d’être reconnues : «l’une des actrices que j’ai rencontrées, au parcours très compliqué […] m’a dit : ‘J’ai toujours voulu être célèbre. Qu’on s’intéresse à moi, qu’on me fasse des cadeaux», s’est-il souvenu.

INDUSTRIE SOUTERRAINE

Mais elles ne restent qu’un temps dans cette industrie, où la concurrence fait rage. «Il y a une dizaine de producteurs en France. Une fois que la fille a fait la ‘tournée’ de ces producteurs, c’en est fini pour elle». Seul moyen de poursuivre sa carrière : «Accepter des pratiques encore plus violentes. Imaginez que l’un des plus gros sites de porno amateur européen a pour spécialité la ‘triple pénétration anale’, soit trois verges en même temps dans l’anus…», a expliqué le journaliste à Franceinfo.

Pour autant, en plein mouvement #Metoo, aucune de ces actrices ne dénonce ces conditions de travail. Simplement parce que, «si une actrice parle, tout s’arrête pour elle et elle ne gagne plus d’argent».

Après cette enquête en immersion, Robin D’Angelo a fait un terrible constat : «Les pouvoirs publics, les journalistes où même les médias s’intéressent peu à ce monde souterrain. «Ça va être : ‘il faut absolument empêcher les mineurs de voir ça’. Après, comment ça marche à l’intérieur, on s’en fiche», a-t-il déploré, interrogé par Brut.

Par CNEWS

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